Ah ! Mon cher train de treize heures !
Je vous l’avoue, je l’apprécie : il est le signe d’une après-midi hors du travail. Non pas que je déteste mon travail, mais mes loisirs prennent le dessus évidemment… Et savoir que je vais pouvoir profiter de mon mardi après-midi tranquillement est pour moi une grande satisfaction.
Nous voici en novembre, aussi les tourments de l’été sont-ils oubliés (cf. Le train de 13h14 )
Pourtant, ce trajet réserve encore quelques surprises… Et ma joie de profiter de mon après-midi va vite tourner court !
Je me suis promis, en quittant le travail, de téléphoner à ma collègue afin de prendre de ses nouvelles et surtout pour lui apporter mon soutien face au sinistre ignare qui nous sert de boss.
Je choisis donc de me rendre dans le petit compartiment en bout de T.E.R. Oui ! Ici, en Aquitaine, les autorails assez anciens qui circulent sur la ligne Bordeaux - Arcachon, possèdent un compartiment agréable et plus intime que les autres parties du train : il n’y a que dix places ce qui permet de trouver un peu de paix.
J’ai pris l’habitude de lire et de me détendre dans ce compartiment… Je m’arrange pour occuper une place d’un groupe de quatre sièges histoire d’avoir de l’espace… Je pose mon sac à dos sur le siège d’en face afin que personne ne vienne encombrer ce fauteuil et surtout pour pouvoir étendre mas jambes !
Ne vous offusquez pas ! Durant cette période de l’année, ces trains sont à moitié vides en semaine…
Evidemment, si je vous parle du voyage d’aujourd’hui, c’est parce que ma tranquillité n’a été que de courte durée…
Je me suis donc rendu dans ce compartiment afin de téléphoner à ma collègue et amie. Ne souhaitant pas déranger, je me suis dit qu’il n’y aurait personne (les voyageurs boudent souvent ce compartiment, allez savoir pourquoi !)
Pourtant, il y avait quelques djeuns assis négligemment et écoutant de la musique avec leurs baladeurs mp3 perfectionnés. Tant pis, je m’installe : un groupe de quatre sièges s’avère libre… Par ailleurs, je ne risque pas de déranger ces morveux qui ont de toute manière les oreilles emplies de décibels.
J’ouvre mon téléphone et appelle ma collègue. Je viens à peine d’engager la conversation avec elle lorsqu’une fille et un morveux viennent s’installer à mes côtés… Soit ! On va faire avec… Sans doute descendront-ils assez tôt…
Et vas-y que ça se met à piailler, à crier… Je ne me laisse pas distraire, les problèmes qui nous occupent, avec ma collègue, sont assez importants pour me permettre de ne pas prêter attention à ces échanges dignes d’un zoo.
C’est alors que surgit un nouveau jeune qui manifeste clairement l’intention de s’asseoir face à moi afin de profiter de ses camarades… Soit, je retire promptement mon sac… Et puis merde ! Quelle idée de m’enfermer avec eux !
Vient hélas le moment où ma conversation téléphonique se termine… Nous avons fait 1/8 du voyage… Je m’empare de mon livre du moment, « Meurtres à la cour du prince Genji » de NAGAO Seio et reprend ma lecture.
Au début, tout va bien, la basse-cour semble calme ! Mais je sais qu’il ne faut pas crier victoire dans ce genre de situation.
En effet, il ne faut attendre que quelques minutes pour que la jeune fille assise à ma droite se mette à parler aux garçons. Ah ! Je viens d’apprendre que quelques-uns descendaient à Marcheprime. Je ne devrai les supporter que pendant la moitié du voyage approximativement. En tout cas, j’espère que tous descendent à cette gare ou à des arrêts précédents…
La jeune fille commence à poser des questions niaises à l’un des garçons (style kéké ) qui prend plaisir à se moquer d’elle et à ne pas lui répondre dans le sens qu’elle espère…
Elle réclame alors d’écouter à l’oreillette de son baladeur… Ah ! Sans doute un peu de calme… Mais non ! Elle commente la musique… Je ne parviens plus à me concentrer ! Mais quelle pie jacasse ! Qu’on l’étouffe ! Qu’on la fasse taire !
Sa mâle cohorte semble satisfaite d’avoir, par sa musique, attiré l’attention de la séduisante fille qu’elle est. Elle s’amuse d’ailleurs, à chaque mouvement brusque du train, à se laisser tomber sur le garçon qui lui fait face…
« Oh ! Je suis vraiment, vraiment désolée ! »
Et moi, je suis désolé mais je veux lire bon sang !
Le train s’arrête à un aiguillage… Arf ! Nous allons attendre le passage d’un TGV… Dix minutes en sus de leur joyeuse présence…
Je parviens enfin à me replonger dans mon livre… Mais la revoilà s’interrogeant sur les raisons de l’arrêt et interpellant ses copines…
Je force mon esprit à se concentrer sur le livre ! Bon sang ! LE LIVRE !!!
Rien à faire, sa voix innocente et un peu niaise capte à chaque fois l’attention de mes oreilles… J’abandonne !
Mais ouf ! Le train redémarre et la jeune enfant manifeste l’envie d’aller soulager sa vessie…
Elle quitte la cabine et le calme ressurgit !
Dix minutes plus tard, tous disparaissent et je peux enfin poursuivre ma lecture…
Ça n’a pas été si douloureux !
À vrai dire, j’ai connu des instants bien plus désagréables. Ces jeunes là n’avaient pas des manières trop désagréables à côté de ceux auxquels je fus confronté l’hiver dernier…
Nous étions bloqués dans une gare du parcours, le jour n’était pas levé (j’étais dans le train du matin) et je m’étais retrouvé emprisonné dans mon compartiment chéri avec un groupe de filles et de garçons en route pour leur lycée.
Le voyage dura une demi-heure de plus que prévu en raison de cet arrêt et je découvris alors des mots et des expressions que je ne connaissais guère et que je suis bien incapable de reproduire ici. Sans doute mon inconscient les a-t-il chassés de ma mémoire !
Un mot faisant figure de leitmotiv résonnait sans cesse : « Gavé »
Car ici, en Aquitaine, on ne répète pas à tout va « Wesh » ou « Z’y va » ! Non ! L’expression de rigueur est « C’est gavé bien ».
« Gavé » s’emploie pour tout, jusqu’à remplacer n’importe quel verbe !
Le bruit, ce matin là, était effroyable ! Les filles hurlaient. L’une d’elles, une blonde assez massive pérorait sur les défauts de camarades de sa classe, employant les expressions les plus vulgaires pour les désigner.
J’étais outré ! Jamais je n’avais entendu pareil vocabulaire dans la bouche d’une fille. Même les garçons présents rougissaient d’ouïr pareils termes !
Hurlant de plus belle, la blonde limace s’en prit aux garçons, les attaquant sur leurs défauts physiques, encouragée par ses amies…
J’avais renoncé très vite à mon livre et m’étais jeté sur mon baladeur mp3, plaçant le volume à son maximum…
Rien n’y faisait !
Par chance, le train avait redémarré et cinq minutes plus tard, nous arrivions au terminus…
Je me souviens aussi d’un voyage pendant lequel trois jeunes filles étaient venues s’asseoir à mes côtés. Une quatrième les avait rejoint et m’avait demandé si je voulais bien céder ma place afin qu’elles puissent parler entre elles…
Ça partait d’une démarche égoïste… Quel manque de respect… Mais j’avais cédé, non sans avoir fait observer que ce genre de chose ne se demandait pas… J’avais cédé par crainte de subir à nouveau les cris et autres gargouillis susmentionnés !
Après tout ça, sans doute allez-vous me prendre pour un anti-djeuns ! Que nenni ! J’en fréquente et aime écouter leurs idées. C’est le phénomène de groupe qui change tout… Il faut avouer qu’ils sont vraiment dissipés en groupe !
Après tout, j’ai été l’un d’eux… Berk ! Et j’ai aimé le fait d’agacer les vieux (non je ne suis pas vieux !)
Finalement, avec la distance, je me rends compte à quel point les préoccupations que l’on a à cet âge là sont futiles… Et il faut voir à quel point on voit ces problèmes comme majeurs quand on est teenager…
Ça n’est pas inintéressant de les écouter… Ça nous ramène à celui que nous étions. C’est un petit travail sur soi^^
Bon, je ne parle pas, bien sûr, de la blonde que j’évoquais… Celle-ci mériterait sa cage dans une oisellerie !
Voilà en ce qui concerne ma « réponse » à Lezly !! (cf. Les Vieux du RER ) ^^
Evidemment, j’ai beaucoup à dire aussi sur les vieux… Ce sera peut-être l’objet d’un nouveau message !
Recevez, chers passagers, mes plus vibrantes morsures !