L'ANTICHAMBRE

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Le train de 13h14

Vendredi, treize heures...

Je suis sensé être ravi : je suis en week-end.

Pourtant, il y a encore une heure de galère...

Evidemment, j'ai terminé à 13h05, le temps de tout préparer, au boulot, pour le week-end.

Je me dépêche : il me faut en moyenne sept minutes pour rejoindre le train mais...

Car il y a un "mais"... Plusieurs "MAIS" d'ailleurs!

MAIS ce sont les vacances... Des hordes de touristes déambulent tels des attardés mentaux dans les rues de la station balnéaire... J'avance rapidement et tous les dix mètres, quelqu'un me voit arriver et se place sur mon passage... Ils sont contre moi !

MAIS il y a le marché! Et... Mais oui! Un commerçant a mis son étal juste sur le passage permettant d'accéder au parking de la gare... Je me faufile sous son regard accusateur... Il est contre moi !

Je parviens aux abords de la gare. Ma montre indique 13h09. Je suis dans les temps!

MAIS... Un taxi s'amuse à manœuvrer sous les lazzis de ses collègues. Je fais un détour pour l'éviter et passe enfin le portail de la gare.

MAIS on est vendredi, je le rappelle, et qui plus est, c'est la période du fameux "chassé-croisé des juilletistes et aoûtiens"... Eux aussi sont contre moi! Ils voient bien qu'il n'y a qu'un train au départ mais évidemment, ça ne peut pas être leur train ! Alors ils vont en tous sens, regardant ce train avec méfiance...

Je les laisse à leurs interrogations et me dirige vers la voiture de tête, celle où je sais que je trouverai mes compagnes de voyage du vendredi... Car, il faut l'avouer, malgré mon habitude à m'enfermer dans ma bulle, en six ans, j'ai fini par attirer un peu de sympathie, à mon plus grand étonnement! Et je ne m'en plains nullement. Ces personnes sont pour moi une excellente compagnie.

Je regarde l'intérieur de la voiture... Tels des sardines dans leur boîte, les touristes sont amassés sur les fauteuils. Je sais qu'ils sont là exprès pour perturber mes habitudes... Il ne reste que très peu de places aussi je me retourne vers la voiture arrière qui est beaucoup moins peuplée - j'ai pu le constater en passant le long de celle-ci - et où, je le sais, je trouverai plus de confort et d'aise pour mettre mes pieds et lire calmement le livre de Chuck Palahniuk "Survivant" que je viens d'entamer deux jours auparavant.

J'entends alors mon prénom. Ce sont mes deux compagnes de voyage… Mais elles n’ont pas l’air d’être seules : un homme se trouve assis avec elles, sur l’un des fauteuils faisant face aux deux leurs. Je les rejoins : il reste une place et je m’installe… L’homme assis là n’est pas avec elles, je m’en rends très vite compte à son air fermé et constipé. Je salue néanmoins la compagnie mais n’obtiens pas même un son ou un signe de ce sinistre individu qui, indubitablement, est lui aussi contre moi !

Nous entamons la conversation lorsque je reconnais une autre voyageuse assise non loin. Elle passe un instant discuter avec nous, délaissant son fauteuil. C’est ce moment que choisissent des touristes allemands pour se faufiler dans l’allée centrale, à la recherche d’une place… Il n’y en a quasiment plus en seconde, partie où nous nous trouvons… Ils sont une vingtaine au moins ! Ils tentent la première mais comprennent visiblement qu’elle ne leur est pas destinée car ils rebroussent chemin, en bousculant allègrement la personne qui nous a rejoints.

Celle-ci n’est pas une amie. J’ai simplement été amené à la connaître par le biais d’une de mes compagnes de voyage. Elle a un physique assez ingrat et parle fort, attirant généralement l’attention des passagers… Chose qui ne manque pas d’arriver…

Elle explique, avec force gestes et force cris, qu’elle descend à La Hume et qu’elle aura du mal à descendre son vélo : le quai de cette gare là est trop bas. Elle explique avoir demandé l’aide de la contrôleuse

C’est à cet instant que quelqu’un prend la place qu’elle occupait. Elle tente de s’asseoir avec l’une de mes compagnes de voyage, que nous appèlerons B. Mais la place manque… B me propose de la prendre sur mes genoux. Elle non plus n’est pas une amie… Simplement une connaissance que je retrouve généralement là par la force des choses : je viens surtout discuter avec la troisième personne. Hélas, à chaque fois, elle me lance des œillades plus que suggestives et me tripote ardemment… Mais non ! Je ne suis pas intéressé… Elle aussi est certainement contre moi !

Bref, après que le train ait démarré et que les touristes allemands aient compris qu’il y avait de la place à l’arrière du train, celle qui nous avait rejoint décide d’aller s’asseoir en première. Sans doute vais-je trouver un peu de calme…

Nous discutons un peu avec mes camarades… B me lance ses habituels regards… Je détourne le miens vers sa compagne.

Nous voici à La Hume… Notre chère amie au vélo m’interpelle alors depuis l’autre bout du train : elle est seule, le contrôleur n’est pas là. J’accours donc vers elle et commence à l’aider à descendre la bicyclette. Le contrôleur arrive alors. Elle n’avait pas oublié, dit-elle ! Bah, pas de problème, c’était un plaisir pour moi d’aider cette voyageuse. Une brave femme, au demeurant…

Je rejoins ma place. Le passager qui se trouve toujours assis à mon côté à toujours son air renfrogné… Je m’amuserais bien à le chatouiller lui ! Il est contre moi ! Ça ne fait aucun doute !

À la gare suivante, mes deux compagnes de voyage descendent… Elles m’embrassent.

Au départ, je ne connaissais pas B mais depuis qu’elle nous a rejoints, elle n’a de cesse de m’embrasser pour me saluer et me dire au revoir. Sa compagne a fini par faire de même… Donc une fois ce cérémonial accompli, nous nous retrouvons seuls sur ces quatre fauteuils, ce passager coincé et moi…

De l’autre côté de l’allée, une femme en tenue estivale se lève. Elle est accompagnée de trois enfants. Elle attrape quelque chose dans ses bagages. Je me rends compte alors que sa robe d’été est fendue à l’arrière… Fendue très haut… J’oriente mon regard vers mon livre que je viens de saisir et me replonge dans la lecture de ce formidable roman qu’est le livre de Chuck Palahniuk…

Deux gares plus loin, un couple vient s’installer sur les deux fauteuils laissés vacants. Me voici déconcentré de ma lecture… Sans doute sont-ils eux aussi contre moi !

Lorsqu’ils ont enfin rangé leurs bagages, fait de grands signes à la personne qui les a accompagnés à la gare puis installés sur leur fauteuil, un semblant de calme revient et je poursuis ma lecture…

Quelques instants plus tard, je suis troublé par la voix de la mère de famille qui donne visiblement une leçon d’allemand à ses enfants. Très exigeante, elle attend de son fils qu’il sache dire « mon mari » en allemand. C’est, visiblement, le genre de mère qui ne laisse pas une minute sa progéniture en paix car le reste du voyage vase dérouler de la sorte : elle, donnant des explications détaillées sur l’allemand à son fils, sur la vitesse des TGV à ses filles. Sur le fait que les voies ne sont pas encore adaptées à la grande vitesse dans la région, obligeant les TGV à rouler à la même vitesse qu’un train corail. L’une de ses filles veut alors savoir ce qu’est un train « corail »… Elle tente de le lui expliquer… Ah ! la la ! Ce genre de mère m’exaspère… Elle veulent bien faire mais ne laissent pas une minute de paix à leurs enfants, désirant sans doute en faire des surdoués ! Et... Mais... Je rêve! Non seulement sa robe est fendu derrrière, mais aussi sur les côtés. Il s'en faudrait de peu pour qu'on voie ce qu'elle est sensée cacher...

Nous arrivons enfin… Le couple s’interroge : y a t il un seul ou plusieurs TGV à destination de Paris… « Deux » leur explique l’homme constipé. « Nous n’avons qu’un quart d’heure » explique la femme. Je tente alors de lui dire qu’elle a de la chance car, pour une fois, ce train est à l’heure… (Je ne compte pas les nombreux vendredis où nous avons eu du retard) Mais l’homme m’interrompt, donnant quelques explications inutiles histoire de montrer que lui SAIT !

Je croise souvent ce type de personne : leur désir n’est jamais de vous aider : leur plus grande satisfaction est de montrer qu’ils SAVENT ! Alors ils prennent un air blasé et vous expliquent des tas de choses sur la S.N.C.F., sur les TGV et sur les rails, les caténaires…

Le couple se lève car le train ralentit enfin. La femme a, visiblement, été sensible à mon sourire (je vous l’ai déjà dit, je souris à tout va) car elle me regarde et me demande si je sais quelle sera la voie. L’homme constipé explique d’en général, c’est vers la voie une, ne me laissant pas une seconde pour répondre… C’est pourtant moi qui expliquerai, alors que le couple me suivra dans le souterrain , où se trouve la voie une… Car c’est bien là que se trouve leur TGV : alors que la femme me racontait comment elle s’était perdue dans une gare en suivant quelqu’un, j’entends l’annonce du contrôleur qui explique que le TGV pour Paris part de la voie 1 !

Dans le souterrain, je me rends compte que ce cher couple commence à se diriger vers les voies 6 et 7. Je les remets dans le bon sens… Mais pourquoi les gens deviennent-ils sots dans une gare ?

Je les accompagne finalement jusqu’à l’escalator de la voie une… La femme me remercie vivement de ma gentillesse…

Quant à l’homme à l’air coincé, il n’est évidemment pas là… Il avait sans doute mieux à faire…

Après quelques bousculades, je parviens à quitter moi-même le souterrain et parviens sur le quai ou se bousculent des centaines de voyageurs. Je rejoins la sortie. Une femme traînant sa valise à roulette essaye de franchir la porte tandis qu’une horde de touriste entre sans se soucier d’elle… Il y a pourtant la place pour que tout le monde passe… Mais non ! ces gens qui entrent estiment sans doute qu’ils sont prioritaires car Eux vont prendre le train alors que Nous en sortons ! Sans doute sont-ils prioritaires. Ce qui est certain, c’est qu’ils sont contre moi… Comme cette femme qui n’ose pas avancer…

Elle y parvient pourtant. La voilà dehors ! Quel bonheur ! Je vais sans doute pouvoir sortir aussi… Mais NON !!!!! ELLE S’ARRÊTE ! EN PLEIN PASSAGE… S’INTERROGEANT SUR LA DIRECTION À PRENDRE…

Je hais ces gens, je les maudits ! Je les mordrais bien !

Finalement, notre voyageuse attardée (elle a tout l’air d’une demeurée lorsque je regarde son air hagard… ) fini par se pousser… JE SUIS SORTI DE LA GARE !

Recevez mes plus joyeuses morsures.

28.7.06 17:02
 




Aller à la date 4 Commentaire(s)     URL de TrackBack


SulareB / Site web (1.8.06 17:11)
On ne combat pas les autres, on se glisse parmi eux. A Nous d'être aussi cons qu'eux, voire bien plus encore, tout en gardant en tête qu'il ne s'agit que d'un rôle. ^_^


Lezly / Site web (24.11.06 12:28)
Avant, on croyait que si les galaxies s'éloignaient de nous (elles le font toujours), cela voulait dire que nous sommes le point de départ de l'Expantion de l'Univers et donc le Big Centre. Hors les galaxies s'éloignent aussi entre elles et donc du point de vue de chacunes, on peut avoir l'impression d'être aussi le Centre.
Les gens, ça marche exactement de la même manière, tu as l'impression qu'ils sont tous contre toi, mais en fait, ils sont juste victime de la loi du "chacun pour soi".

PS
Ce petit parallèle avec l'expantion de l'Univers ne fut pas écrit pour t'informer, mais juste pour te montrer que moi je SAIS.


MOrlOck / Site web (24.11.06 14:55)
Sacré Lezly!
N'empêche, tu as raison... Avec toutes nos petites indvidualités, on joue les égoïstes! En me plaçant au centre, j'ai voulu multiplier l'impression de ras-le-bol.
L'idée du "ils sont tous contre moi" est, bien entendu, un clin d'œil! C'est loin d'être ma pensée réelle!
Morsures


Lezly / Site web (24.11.06 18:18)
T'inquiètes, je n'ai jamais cru le contraire l'ami ! ^^

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